En 2014, aux débuts du Service Universitaire de Pédagogie, une vaste enquête a été menée par Sophie Orange  auprès des enseignant.es et des enseignant.es-chercheur.es pour mieux connaître leur rapport à l’enseignement et les cartographier les pratiques pédagogiques qu’ils et elles mettaient en œuvre.
CDP JUP21 table ronde

Les discutants Christine Choquet et Raynald Séveno et Aurore Deledalle seront autour de la table pour rebondirons sur les questions de Sophie Orange reprenant les 3 entrées de l’enquête de 2014 pour observer le chemin parcouru sur les pratiques pédagogiques, la réussite universitaire et de l’évaluation des apprentissages à l’Université de Nantes"

Les pratiques pédagogiques

La grande majorité des répondants associaient l’enseignement à une activité positive, soit qu’il soit considéré comme un plaisir (32,3 %), une bonne expérience (21,3 %) ou encore une vocation (14,1 %). Les mots-clés recueillis à l’époque pour définir cette pratique sont les notions de « transmission », de « connaissances » et de « savoirs ». Si seulement 30 % des enseignant.es et enseignant.es-chercheur.es déclaraient mettre en œuvre des pratiques originales ou innovantes dans leurs cours. Ils et elles étaient d’autant plus nombreux à le faire qu’ils et elles avaient été formée.es à la pédagogie : 30,3 % des répondant.es déclaraient alors avoir été formés à la pédagogie, dont 7,7 % à la pédagogie universitaire. Ces constats appellent deux remarques qui peuvent être mises en discussion. D’abord, les discussions menées avec les collègues et les éditions précédentes de la JUP en témoignent : les enseignant.es et enseignant.es-chercheur.es sont inventifs et inventives dans leur pratique d’enseignement, mettant en œuvre des formats, des séquences, des supports variés et régulièrement renouvelés, liés à leurs spécificités disciplinaires, sans avoir forcément le sentiment de faire « original » ou « innovant » (cours en extérieur, missions de terrain, stages de recherche, auto-socioanalyses, méthodologie en langue étrangère, etc.).

  • Au sein d’une université pluri-disciplinaire comme celle de l’université de Nantes, la mise en visibilité et la valorisation de ces pratiques constitue un enjeu fort. Comment les renforcer ?

La réussite universitaire

La prise en compte de la diversité des publics dans la réussite des étudiant.es constitue un autre travail réel mais invisible. En 2014, près de 50 % des répondant.es déclaraient adapter leur enseignement aux publics salariés, étrangers ou en situation de handicap. Près d’un enseignant sur deux déclare procéder à des aménagements de ses enseignements pour répondre aux spécificités des publics auxquels il enseigne. Généralement, l’adaptation des enseignements à la diversité des publics consiste en l’allongement invisible de la durée du cours. Les enseignants déclarent ainsi prendre du temps à la fin des séances ou à d’autres moments de la semaine, pour répondre aux questions des étudiants. Certains reproduisent également le contenu de leur cours à l’écrit, pour le mettre en ligne sur MADOC, le transférer par courriel aux étudiants absents, l’adapter aux étudiants en situation de handicap (en l’imprimant en format A3 par exemple) ou le faire traduire. De manière générale, au travers des réponses des enseignants, ces adaptations procèdent toujours de démarches individuelles menées à l’initiative de l’enseignant, à la fois non encadrées et non reconnues, et fortement chronophages. Les enseignants insistent notamment sur les contraintes matérielles, notamment liées aux effectifs importants des groupes, ou sur le manque de temps.

  • La question de la prise en compte des spécificités individuelles des étudiant.es constitue un autre enjeu important pour les enseignant.es et enseignant.es-chercheur.es, qui se trouve par ailleurs exacerbé par la crise sanitaire actuelle où le contact est dégradé. Quel soutien matériel et humain ? Quelle reconnaissance matérielle et symbolique

L’évaluation

L’activité d’évaluation constitue une part importante de l’activité d’enseignement. L’enquête de 2014 révélait que les types d’évaluation mobilisés par les enseignants variaient fortement suivant les disciplines. Les disciplines de la santé et des sciences de la vie sont celles qui usent le plus des QCM, ce qui est cohérent avec le fait qu’elles transmettent des savoirs fortement formalisés, quasiment « prêts à l’emploi ». A l’opposé, les disciplines du droit, de l’économie et de la gestion et des SHS, dont les enseignant.es-chercheur.es déclaraient le plus adosser leur enseignement à la recherche, utilisent des évaluations dans lesquelles les étudiants participent à cette construction du savoir, en le discutant comme dans le cas de dissertations ou de commentaires de texte ou en contribuant à le forger par eux-mêmes. Ces différences de pratique ne requièrent pas le même volume horaire de correction, ni ne permettent de mesurer aussi finement la capacité à réinvestir des savoirs et des connaissances au service d’une activité complexe.

  • Comment penser l’évaluation en tenant ensemble qualité de la mesure des acquis, prise en compte des spécificités disciplinaires et volume limité du temps de correct ?